Jusqu’à 12 heures d’affilée sous l’eau, sans boire ni manger : ce qui semble inimaginable pour la plupart des personnes fait partie du quotidien de Kirk Hooker. Depuis des décennies, il travaille là où les chantiers classiques s’arrêtent : sous la surface de l’eau. Les contraintes de temps, une visibilité réduite et des conditions exigeantes rythment ses journées de travail. Mais quels sont les véritables dangers du soudage sous-marin et quels mythes persistent encore aujourd’hui ? Kirk Hooker offre un aperçu rare d’un univers professionnel où précision, expérience et concentration maximale sont indispensables.
Quel est précisément le travail d’un soudeur sous-marin ?
En termes simples, la soudure sous-marine consiste à réaliser ou à réparer des assemblages métalliques sous l’eau. En pratique, cela concerne souvent les constructions en acier telles que les ponts, les installations portuaires, les navires ou les conduites. Ces travaux sont effectués par des professionnels spécialement formés, qui possèdent des compétences en soudage, mais également une solide expérience de la plongée.
Kirk Hooker connaît parfaitement la diversité de ce métier grâce à son expérience. Il travaille comme soudeur sous-marin depuis plus de 20 ans et précise : « Le soudage n’est qu’une des composantes de ce métier. Les inspections, les opérations de renflouement, les chantiers maritimes ainsi que les opérations de découpage et de montage font également partie de notre quotidien. »


Domaines d’application du soudage sous-marin
Le soudage sous-marin est utilisé partout où des installations dans ou à proximité de l’eau doivent être entretenues ou réparées. Les principaux lieux d’intervention sont :
- les écluses et les barrages
- les navires, les installations portuaires et les docks
- les fondations des ponts
- les fondations sur pieux
- les installations d’eau potable et les réservoirs
- les centrales électriques et les aciéries
- les oléoducs et câbles électriques sous-marins
- les opérations de renflouement sous-marines
La soudure sous-marine joue un rôle particulièrement important dans le secteur offshore. Ses principales applications concernent les plateformes offshore, les parcs éoliens offshore ainsi que d’autres infrastructures maritimes nécessitant régulièrement des opérations de maintenance, de réparation ou d’extension.



Soudage humide ou soudage à sec : quelles sont les différences ?
On distingue deux techniques de soudage sous-marin : le soudage humide et le soudage à sec/hyperbare. Lors du soudage sous-marin humide, le soudeur travaille directement dans l’eau, sans séparation mécanique entre l’eau et l’arc électrique.
Cette technique est principalement utilisée lorsqu’une intervention rapide et flexible est nécessaire, par exemple pour effectuer des réparations directement sur site. Le procédé le plus couramment employé est le soudage à l’électrode.
Qu’est-ce que le soudage hyperbare ?
Lors du soudage à sec, également appelé soudage hyperbare, les travaux sont également réalisés sous l’eau, mais le point de soudage est isolé de l’eau par une chambre sèche. Celle-ci peut être de petite taille et englober uniquement la zone de soudage, ou bien être suffisamment grande pour abriter toute une équipe de soudeurs.
Pour donner un exemple typique de soudage hyperbare, Kirk Hooker cite la construction d’un tunnel : « Lorsqu’un tunnel est creusé sous un fleuve, par exemple l’Hudson à New York, le tunnel est soumis à une pression équivalente voire supérieure à celle de l’eau qui se trouve au-dessus. Ainsi, l’eau ne peut pas pénétrer à l’intérieur, ce qui permet d’effectuer les réparations ou les travaux de soudage dans des conditions sèches et contrôlées », explique l’expert en soudage.
Dans cet environnement sec, il est possible de réaliser des soudures plus régulières visuellement, mais aussi, dans de nombreux cas, de qualité supérieure à celle obtenue via le soudage humide. La norme D3.6M:2017 de l’American Welding Society relative au soudage sous-marin définit différentes classes de qualité. La classe la plus élevée est destinée aux applications exigeant une qualité de soudure comparable à celle obtenue lors de soudures de grande qualité réalisées hors de l’eau.
Soudage en milieu humide vs soudage hyperbare : différences et avantages
| Soudage en milieu humide | Soudage à sec/hyperbare | |
|---|---|---|
| Environnement de travail | Le soudage est réalisé directement dans l’eau, sans séparation mécanique entre l’eau et l’arc électrique. | La zone de soudage se situe dans une chambre sèche dont la pression est ajustée en fonction de la profondeur d’intervention. |
| Applications | Réparations rapides, remise en état et interventions sur des zones difficiles d’accès. | Privilégié en cas d’exigences de qualité élevées concernant l’assemblage, notamment sur des structures critiques. |
| Qualité de la soudure | La qualité de la soudure est plus difficile à maîtriser puisque l’eau refroidit rapidement le bain de fusion et augmente l’absorption d’hydrogène dans le métal fondu. Ceci accroît considérablement le risque de fissures ou de porosités induites par l’hydrogène. | Permet généralement d’obtenir des soudures de meilleure qualité étant donné que les conditions sont plus proches de celles d’un soudage hors de l’eau. |
| Procédés courants | Soudage à l’électrode | Selon la construction, il est possible d’utiliser des procédés similaires au soudage classique sur terre, comme le TIG ou le MIG/MAG. |
| Avantages | Mise en œuvre rapide, mobilité, flexibilité | Meilleur contrôle, qualité de soudure supérieure |
| Inconvénients | Visibilité réduite et conditions de travail exigeantes | Coûts élevés et forte complexité technique |
Principaux défis du soudage sous-marin
« Les journées commencent tôt. Une mauvaise visibilité, la pression, le froid et les opérations de soudage exigeantes font partie du quotidien. Souvent, le trajet jusqu’à la zone de soudage en lui-même représente déjà un véritable défi logistique et un effort physique considérable » déclare Kirk Hooker pour décrire ce métier dans lequel les défis commencent avant même la première soudure marine.
Une visibilité réduite
Sous l’eau, les règles du soudage changent complètement. En raison de l’eau trouble, de l’obscurité, des particules en suspension et des bulles d’air, il est plus difficile de voir l’arc électrique et le bain de fusion.
Par ailleurs, l’eau environnante refroidit en permanence la zone de soudage, ce qui rend le processus encore plus instable. Ce phénomène s’avère particulièrement problématique lors du soudage humide : la qualité des soudures est plus difficile à maîtriser et le risque d’obtenir des assemblages par soudage plus fragiles ou sujets à la fissuration augmente.

Les courants
Les courants sous-marins peuvent être imprévisibles et exercer une forte pression sur les plongeurs professionnels pendant qu’ils travaillent. Les ceintures de plomb et les gilets de flottabilité permettent certes d’améliorer la stabilité mais selon le site d’intervention, l’eau peut être calme ou constamment en mouvement. Les soudeurs-plongeurs doivent donc parfaitement connaître leur environnement ainsi que la profondeur d’intervention afin de préparer leur mission de manière adéquate.
Le froid
Le froid constitue souvent l’une des contraintes les plus importantes lors du soudage sous l’eau, en particulier avant et après la plongée. Pour Kirk Hooker, le moment le plus difficile est celui qui précède l’intervention : « La partie la plus pénible de mon travail est de retirer des vêtements chauds et d’enfiler une combinaison en néoprène froide et humide en cas de faibles températures extérieures. » Dans l’eau, le froid peut être facilement maîtrisé grâce à des systèmes d’alimentation en eau chaude. Selon Kirk Hooker, ces dispositifs s’avèrent indispensables notamment lors d’interventions à grande profondeur.

Quels sont les risques du soudage sous-marin ?
Kirk Hooker tient à tordre le cou à une idée reçue très répandue : selon son expérience, ce n’est pas l’arc électrique qui représente le plus grand danger dans son métier, mais tout l’environnement dans lequel les plongeurs professionnels doivent évoluer. Les principaux risques sont les suivants :
- La différence de pression (Delta P):
Au niveau des barrages, des arrivées d’eau ou des passages étroits, les forces exercées par l’eau peuvent être tellement fortes que les plongeurs et les plongeuses sont plaqués contre les ouvertures, ce qui peut engendrer de graves blessures. L’OSHA (Occupational Safety and Health Administration, l’administration américaine chargée de la sécurité et de la santé au travail) fournit des informations complémentaires à ce sujet dans un document d’avertissement relatif aux risques du Delta P lors des travaux en plongée. - L’aspiration par des pompes et les arrivées d’eau :
Dans les centrales électriques, les aciéries et les installations de traitement des eaux, la force d’aspiration des systèmes en fonctionnement peut être mortelle, en particulier lorsque la visibilité est réduite. - L’énergie emmagasinée dans les constructions en acier :
Lors de la découpe de structures en acier déformées ou endommagées, des contraintes peuvent se libérer brutalement. Kirk Hooker décrit cette situation comme l’une des plus dangereuses lorsqu’on se trouve dans l’eau. - La décompression et la profondeur :
Plus la zone d’intervention est située en profondeur, plus la pression exercée est importante et donc les durées de plongée sont limitées. Les interventions plus longues ou à plus grande profondeur nécessitent une planification extrêmement rigoureuse et une décompression contrôlée.
Quels sont les équipements indispensables pour le soudage sous-marin ?
Les nombreux dangers liés au soudage sous-marin montrent pourquoi rien n’est laissé au hasard. « La sécurité intervient bien avant la plongée », souligne Kirk Hooker. À cet égard, l’équipement utilisé sous l’eau et les systèmes installés en surface jouent un rôle essentiel.
Un appareil de soudage adapté au soudage sous-marin
Le soudage sous-marin nécessite des appareils de soudage
- qui fonctionnent de manière fiable dans des conditions particulièrement exigeantes,
- qui peuvent être intégrés en toute sécurité aux systèmes de plongée et de soudage,
- qui sont compatibles avec les électrodes spécialement conçues pour le soudage sous-marin
- et qui peuvent être utilisés de manière flexible, même sur les sites d’intervention les plus reculés.
La Fronius Ignis Battery permet par exemple d’effectuer un soudage à l’électrode sans raccordement au réseau et a été développée spécialement pour les interventions dans des zones dépourvues de toute infrastructure. Kirk Hooker utilise les appareils de soudage Fronius tels que l’Ignis Battery lors de formations de soudeur sous-marin et de présentations. Cela montre que les équipements de soudage mobiles sont parfaitement adaptés à ce domaine d’application particulièrement exigeant.
Le matériel de soudage comprend également :
- des électrodes pour le soudage sous-marin avec revêtement étanche, spécialement conçues pour une utilisation directement sous l’eau et qui sont généralement utilisées avec des intensités de courant plus élevées que des électrodes équivalentes utilisées sur la terre ferme,
- des porte-électrodes spécialement isolés, offrant une sécurité électrique renforcée lors du soudage sous-marin,
- ainsi que des câbles de soudage et des systèmes d’alimentation en courant, qui sont surveillés depuis la surface.
Important à savoir : lors du soudage sous-marin, l’appareil de soudage est installé à la surface. Le courant est acheminé jusqu’à la zone de soudage par des câbles spécialement isolés. Pour des raisons de sécurité, le courant est acheminé uniquement à la demande du plongeur (« Make it hot ») et coupé une fois les travaux terminés (« Make it cold »).
Équipement de plongée
En plus du matériel de soudage adapté, les soudeurs marins ont besoin des éléments suivants pour leurs interventions sous-marines :
- un casque de plongée ou masque intégral équipé d’un système de communication
- une alimentation en gaz respiratoire depuis la surface
- une conduite d’alimentation (ombilicale) pour le gaz respiratoire, la communication et d’autres câbles d’alimentation
- une combinaison de plongée étanche ou un système chauffant pour les interventions en eau froide
- un gilet stabilisateur (BCD, Buoyancy Control Device) permettant de contrôler la flottabilité lors de certains travaux sous l’eau
Si certains travaux sont réalisés avec un masque intégral, Kirk Hooker indique utiliser un casque de plongée dans environ 99 % de ses interventions. La communication permanente avec l’équipe restée à la surface s’effectue via un système de communication intégré.

Systèmes de sécurité et équipe de surface
« Le soudage sous-marin n’est pas pour les loups solitaires, c’est un véritable travail d’équipe », explique Kirk Hooker. Chaque intervention mobilise une équipe spécialement formée qui reste à la surface et surveille la sécurité des plongeurs.
Cette équipe comprend notamment :
- un superviseur de plongée (Dive Supervisor)
- des assistants de plongée en surface (Tender)
- des plongeurs de secours prêts à intervenir à tout moment
- du matériel de premiers secours et d’intervention d’urgence
- une alimentation en oxygène pour les situations d’urgence
- un caisson de décompression pour les interventions à grande profondeur
Quelles sont les qualités requises pour devenir soudeur sous-marin ?
Même le meilleur équipement ne représente qu’une partie de l’équation. Les personnes qui travaillent dans ces conditions extrêmes sont tout aussi importantes. Pour Kirk Hooker, une chose est claire : le soudage sous-marin n’a rien d’une aventure romantique. Il s’agit d’un métier particulièrement exigeant, qui demande une grande précision dans des conditions extrêmes. Ou, comme il le résume : « Pour réussir dans ce métier, il faut faire preuve de courage et de patience. L’esprit d’aventure peut pousser certains à se lancer dans le soudage sous-marin, mais seule la persévérance permet d’y faire carrière sur le long terme. »
L’endurance nécessaire est incarnée par une intervention dont il se souvient encore aujourd’hui : Lors d’un projet d’aménagement hydraulique sur l’Ohio River près de Paducah dans le Kentucky, les travaux ont dû être achevés dans un délai très court. Kirk Hoover était alors sous l’eau de l’aube jusqu’à la tombée de la nuit, soit environ 12 heures sans manger ni boire. « Ces journées restent une exception et ne sont possibles qu’à faible profondeur. En règle générale, nous travaillons en équipe de quatre plongeurs et nous nous répartissons les interventions de sorte à éviter toute surcharge de travail », précise Kirk Hooker.
Une grande force mentale : quand l’imprévu survient sous l’eau
L’endurance physique ne suffit pas dans ce métier. Les interventions sous-marines exigent également une grande force mentale, notamment dans les environnements où la visibilité est limitée. Kirk Hooker en a fait l’expérience lui-même. Alors qu’il inspectait le fond d’un cours d’eau dans le cadre d’un projet de construction, il a découvert plusieurs voitures immergées. « En tant que premier plongeur sur place, j’ai dû inspecter chaque véhicule, tout en sachant que je pouvais éventuellement y trouver un corps humain », raconte Kirk Hooker, illustrant ainsi la difficulté du métier.
Pourquoi le soudage sous-marin fascine-t-il autant ? Découverte d’un métier unique
Malgré ces contraintes, Kirk Hooker éprouve une véritable passion pour son métier. Il décrit avant tout la liberté que lui procure son métier : le fait d’être constamment en déplacement, la diversité au quotidien, les sites d’intervention hors du commun et le sentiment de travailler à des endroits que la plupart des personnes ne verront jamais. Pour lui, l’inverse serait difficilement envisageable : chaque jour la même routine, les mêmes horaires, la même pointeuse.
C’est peut-être là que réside toute la fascination pour la soudure sous-marine : il ne s’agit pas d’un sport d’aventure spectaculaire, mais d’un métier pour des personnes capables d’assumer de lourdes responsabilités et de travailler avec précision dans des conditions extrêmes. Les soudeurs sous-marins n’évoluent pas sous les projecteurs, mais ils interviennent souvent exactement là où leur expertise est indispensable.
FAQ relative au soudage sous-marin
Comment devient-on soudeur sous-marin ?
Le soudage sous-marin n’est généralement pas un métier faisant l’objet d’une formation spécifique, mais une combinaison entre la plongée professionnelle et les techniques de soudage. De nombreuses personnes commencent en tant que plongeurs professionnels et apprennent à souder au cours de leur formation.
Le soudage sous-marin à sec offre-t-il une qualité comparable au soudage terrestre ?
Le soudage à sec permet de se rapprocher le plus de la qualité des soudures effectuées sur terre. Le soudage à sec ou hyperbare offre une meilleure visibilité, un meilleur contrôle des processus et des conditions similaires à celles du soudage réalisé hors de l’eau. C’est pourquoi il permet généralement d’obtenir des soudures de qualité supérieure à celles réalisées en soudage humide.
Comment le soudage sous-marin fonctionne-t-il sans provoquer de court-circuit ?
À première vue, le courant et l’eau semblent constituer une combinaison dangereuse. Lors du soudage sous-marin, des appareils de soudage spécialement conçus, des équipements de sécurité adaptés et des procédures de sécurité clairement définies permettent d’éviter toute circulation incontrôlée du courant. De plus, le courant de soudage est fourni uniquement lorsque le plongeur spécialisé est correctement positionné pour intervenir. Une fois le soudage terminé, le courant est à nouveau coupé.



